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JOCHO YAMAMOTO – HAGAKURE Le Livre secret des Samouraïs

  • by C.EM
  • novembre 16th, 2015

« Le Hagakuré » doit son originalité au fait que c’est une retranscription de maximes transmises oralement par un moine (ancien samouraï), Jocho Yamamoto (1659-1719) retiré du monde. Pendant plus de cent cinquante ans, ce texte resta secret et devint pour les Daimyo et tous les Samouraïs du clan Nabeshima un manuel d’instruction morale. Ils ne voulaient pas le divulguer et ce n’est qu’à la restauration Meiji (1868) qu’il fut connu du public.

P18
Le Moine Tannen avait coutume de dire « les gens ont fini par ne plus rien comprendre parce que les prêtres n’enseignent plus que la doctrine du « Mushin ». Ce que l’on appelle Mushin, c’est un esprit sans tâche et sans complication. Ceci est intéressant ».
Le seigneur Sanenori disait « Au sein d’un souffle où la perversité ne trouve pas sa place, est la VOIE ». Si cela est vrai, la Voie est une. Mais personne ne peut comprendre cette évidence de premier abord.
La pureté ne s’obtient pas sans effort.

BERLIN

  • by C.EM
  • mai 8th, 2015

Je fais la même arrivée, dans le même bâtiment en préfabriqué, au terminal D,« Bienvenue à Berlin Tegel ».
Quand sera terminé le nouvel aéroport de Berlin-Brandenburg (appelé aussi aéroport Willy Brandt), peut-être en 2017 ? De toute façon tout le monde s’accorde pour dire qu’il ne sera ni assez fonctionnel ni assez réussi suite à tous les problèmes techniques, les retards et les dépassements de budget.

Berlin, la même ville en chantier, avec plus de poussière et une nouvelle dynamique, ce n’est pas la même qu’il y a 10 ans. Cette fois ci Berlin est passée à la vitesse supérieure, de destruction en construction et de rénovation à plus encore.
SAPPHIRE, le projet architectural-résidentiel de M. Daniel Libeskind, le poète-architecte, sera situé Chausseestrasse (Berlin-Mitte) ; il signe une déclaration d’amour à Berlin et à son esprit unique.
Berlin veut affirmer sa nouvelle urbanité et vitalité.

Le 1er mai, on vous dira d’éviter les quartiers de Kreuzberg et Friedrichshain, car il y aura risque de débordement des manifestants ; mais le 1er mai 2015 rien de tout cela n’a eu lieu, c’était à Hambourg que cela se passait.
Alors est-ce que Berlin s’embourgeoise ?

Les étudiants étrangers vous diront que les berlinois en ont marre de tous les touristes et de tout ces européens qui veulent étudier ou s’installer dans leur ville.
Etudiant en droit, essayez de trouver un appartement en colocation… Et là vous vous rendrez vite compte qu’il vaut mieux dire que non vous n’êtes pas français mais suisse, et que non vous n’étudiez pas le droit mais l’art !
Allez faire un tour à Prenzlauer Berg et essayez de diner dans un restaurant de quartier, avec un peu de chance vous ne tomberez pas sur un patron bougon !

Ne vous découragez pas, Berlin est une ville qui s’apprivoise ; elle prends des couleurs, elle s’internationalise, elle s’unifie ; elle est en train d’entrer dans une nouvelle dimension. Berlin est la ville d’Europe avec laquelle il va falloir compter, n’en déplaise à certains qui pensent déjà qu’elle est « has been » et que c’est vers Leipzig qu’il faut se tourner.

Si vous êtes à Berlin en ce moment je vous conseille la magnifique exposition de photographies de Sebastião Salgado « GENESIS », à l’Amerika Haus C/O Berlin – Hardenbergstraße 22–24, jusqu’au 16 août 2015.

Kakuzô OKAKURA – Le Livre du thé

  • by C.EM
  • janvier 16th, 2015

jardin zen, New-York
P37 :
Le ciel de l’humanité moderne s’est brisé en éclats dans la lutte cyclopéenne pour la richesse et la puissance. Oui, ce monde avance à tâtons dans les ténèbres de l’égocentrisme et de la vulgarité. La connaissance s’achète au prix de la mauvaise conscience, la bienveillance se mesure à l’aune de l’utilité. L’Orient et l’Occident, comme deux dragons ballottés sur une mer en furie, luttent en vain pour reconquérir le joyau de la vie. Nous avons besoin d’une nouvelle Niu-wa, à même de réparer le grand désastre ; nous espérons et guettons la venue du grand Avatar. Mais en attendant…si nous savourions une tasse de thé ? La lumière de l’après-midi éclaire les bambous, l’eau des fontaines gazouille de délice, le soupir des pins chuchote dans le chaudron de fonte. Rêvons d’évanescence et abandonnons-nous à la folle beauté des choses.

NOS OCCUPATIONS, Création

  • by C.EM
  • juin 3rd, 2014

Texte et mise en scène de David LESCOT
Cie du KAÏROS

Paris, Le Théâtre des Abbesses- mercredi 28 Mai 2014, 20h30.

David Lescot, Cie du Kaïros, "Nos Occupations", Théâtre des Abbesses, Paris

Il est toujours un peu difficile d’aborder les textes de David Lescot ; je suis donc rivée à mon siège, concentrée, réveillée.
Sur scène, il y a 18 chaises et 8 pianos en morceaux, sauf celui du pianiste, 6 comédiens et un pianiste ; et puis 8 personnes.
Au début je ne comprends pas très bien ce que tout ce monde fait sur scène, puis dans ce joyeux désordre, où j’ai l’impression d’être dans un Saloon de Far West moderne, se dégage les comédiens par paire ou en solo ; le pianiste est de dos.
Je me demande quel est le rôle de ceux qui sont assis ou debout, qui ne bougent pas, ne parlent pas. Est-ce que ces 8 personnes font partie du public ? Est-ce que ce sont les immobiles de la société, ceux qui attendent que les autres fassent à leur place ?

La pièce est en deux parties, la première partie « En guerre » et la deuxième partie « L’après-guerre ».
Il est question d’un groupe, de son organisation clandestine et de son activité de résistance. Ils suivent un certain ordre ; ils sont enfermés, cachés, utiles ou inutiles.
Je pense à Blaise Pascal : « Les mots diversement rangés font un divers sens et les sens diversement rangés font différents effets. » (Pensées, 1670).
Où se situe la vraie compréhension ? Il y a des combinaisons d’idées, de mots, de lettres ; des listes, des fragments, des réagencements.

Par moment le pianiste délie les situations et à d’autres moments je trouve que le texte mériterait à être plus lent et le piano moins présent.

Le public, ce soir là, a apprécié autant que moi, cette scène grandiose, de répétition.
-27. Répétition-, p 39, Le Tanneur et Merle. (…)
Le Tanneur : Moi aussi je m’entraîne. Je commence S.T.E.N.U. ; A.R.T.O.L. ce sont des groupes de cinq lettres.
Merle : S.T.E.N.U. ; A.R.T.O.L. Il y en a combien.
Le Tanneur : Il y en a vingt-huit.
Merle : vingt-huit groupes de cinq lettres.
Le Tanneur : Je continue. C.S.D.O.F. ; F.A.I.R.T. ; P.E.R.S.N. ; A.E.S.D.T. ; R.T.E.I.O. ; V.D.A.C.J. ; L.O.U.R.I. ; H.E.P.S.H. ; D.N.U.N.T. ; O.P.R.F.M. ; L.A.A.S.E. ; R.E.T.D.F. ; H.O.J.L.M.
(…)
Puis,
-fête 6 : statistique-, p69, La fête qui s’achève. Restent Le Tanneur, Merle, et Vernon.
Une image de fin forte, trois personnages, Le Tanneur, Merle, et Vernon, sont debout, de dos, décalés, Frésure est allongé sur le piano et l’homme dans l’ombre pose sa tête sur son ventre, le pianiste est assis, de dos.

J’ai retrouvé là encore, le style de David Lescot, dans le texte et la mise en scène ; il exprime toujours des interrogations générationnelles, auxquelles il est difficile de répondre, tant l’époque se meut rapidement et tant il est difficile d’avoir une appréhension globale et immédiate des sociétés dans lesquelles on vit.

Les comédiens,
Damien Lehman est le pianiste
Scali Delpeyrat Vernon (qu’on désigne comme le traître)
Norah Krief Merle (qui récite les 28 groupes de lettres)
Grégoire Oestermann est Le Tanneur (le chef du réseau, qui prophétise sur le devenir de l’Europe dans l’après-guerre)
Jean-Christophe Quenon est Mercier, le colosse barbu.
Céline Milliat est Clarisse, qui ne sert à rien dans le réseau
Sara Llorca est Frésure, qui se fait une dinde froide.

Nos Occupations est publié aux Editions Actes Sud-Papiers.

BILL VIOLA

  • by C.EM
  • mars 28th, 2014

Au Grand Palais
Du 5 mars au 21 juillet 2014
Première rétrospective des œuvres vidéos de Bill Viola à Paris.

Bill Viola dans le space time continuum :
Les œuvres présentées vont de 1977 à 2013, c’est un parcours sur 4 décennies, qui commence dans la pénombre, ce qui oblige à une certaine concentration voir une introspection. Je me concentre, je scrute l’obscurité et je commence à faire abstraction des gens autour de moi ; j’accepte le choix des pièces présentées qui prennent au fur et à mesure un sens et font remonter à la surface des émotions parfois inattendues.
Bill Viola explore les mystères de la création à travers les émotions humaines, pour lui l’artiste découle du chaman.
Il dit : «…the depth in human being is infinite… »; «…The creative energy of a great artist comes from inside, very far inside himself…»; « I see things from the inside beneath the body and beyond »

Bill Viola, Grand Palais, Paris
« The reflecting pool » 1977-79
C’est une de ses premières œuvres, une expression de sa quasi noyade, lorsqu’il avait 6 ans. Comme Bill Viola le dit  : « …to almost drown myself was a positive experience, I was not afraid …» « …under the water you see the world differently, there is a new world… ».

Bill Viola, The reflecting pool 1977-79, Grand Palais, Paris

 « Heaven and Earth » 1992

Bill Viola, Grand Palais, Paris

2 globes télé en face à face, qui diffusent chacun un film. D’une part, un nouveau-né, son fils, et d’autre part, une femme âgée, sa mère. C’est le début et la fin, entre les deux il y a nous, les vivants ; et l’ADN de la vie coule de l’un à l’autre, fluide.

Bill Viola, Grand Palais, Paris

Il y a dans ses œuvres le lien avec l’eau mais aussi avec l’électricité qui est un fluide comme l’eau, ce sont les forces actives, celles qui sont aussi dans chaque être humain. C’est pourquoi il a choisi la vidéo comme médium artistique, il dit : « …Video is flowing… ». L’art et la technologie sont liés depuis la nuit des temps et c’est ce qui permet à l’humanité d’avancer.

« The veiling » 1995 (Œuvre présentée à la Biennale de Venise en 1995)
9 grandes voiles suspendues, dans une salle obscure, des projections d’un homme et d’une femme, dans une forêt, qui vont et viennent, sans jamais se rencontrer.

Bill Viola, The Veiling, Grand Palais, Paris
Bill Viola, The Veiling, Grand Palais, Paris

« The Sleep of Reason »  1988

Bill Viola, The Sleep of Reason, Grand Palais, Paris

« Walking on the Edge » 2012

Bill Viola, Walking on the Edge, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Walking on the Edge, Grand Palais, Paris
« The Encounter » 2012

Bill Viola, The Encounter, Grand Palais, Paris

Il regroupe dans son travail, différents domaines qui m’intéressent particulièrement chez un artiste, musique électronique, vidéo et culture spirituelle et philosophique, il dit : « The video records sound and image…it connects it completely ». N’oublions pas qu’au tout début, il a travaillé avec Nam June Paik, et qu’il a également travaillé et été influencé par David Tudor, compositeur d’avant-garde ; dont Bill Viola a été un des membres du Rainforest Ensemble qui deviendra le Composers Inside Electronics. En 2000, il a réalisé, une triple vidéo pour la tournée du groupe Nine Inch Nails.

« Fire woman » 2005 (cf. l’Opéra de « Tristan und Isolde »)
Une femme face au feu, qui finit par se laisser tomber et disparaître dans l’eau.

Bill Viola, Fire Woman, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Fire Woman, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Fire Woman, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Fire Woman, Grand Palais, Paris

« Tristan’s ascension» 2005 (The Sound of a Mountain under a Waterfall)

Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris

« The Dreamers » 2013 (cf. « The Sleepers » 1992 et « The Sleep of Reason » 1988)
7 dormeurs plongés dans l’eau, hommes, femmes, enfant, ils sont sereins ; Pour Bill Viola, ils symbolisent l’immortalité.

Bill Viola, The Dreamers, Grand Palais, Paris

Bill Viola, The Dreamers, Grand Palais, Paris

Bill Viola, The Dreamers, Grand Palais, Paris
Bill Viola, The Dreamers, Grand Palais, Paris

Je comprends mieux pourquoi Bill Viola avait des exigences très précises concernant le montage de cette rétrospective. Tout a été pensé et organisé au millimètre près.
J’aime les artistes exigeants qui savent où ils vont et quelles portes ils veulent ouvrir. Bill Viola, le sculpteur de temps, est de cette race là.
L’enjeu de l’artiste est de nous confronter à ces trois questions métaphysiques majeures : Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ?
La confrontation est réussie, je sors de là pleine d’énergie et de plénitude.

BERLIN

  • by C.EM
  • mars 14th, 2014

Bienvenue à Berlin Tegel, terminal D. Vous arrivez dans un bâtiment en préfabriqué qui n’a rien d’accueillant et vous vous dites que Berlin est toujours un vaste chantier… 25 ans après la chute du mur, la capitale d’Allemagne n’a toujours pas fini de détruire et de reconstruire.
Est-ce que Berlin est vraiment unique dans le paysage des capitales européennes ? Tout le monde s’accorde pour dire oui ; je dirai : pas si sûr.
Elle est unique dans sa relation tendue avec l’histoire, d’accord, mais après ?

Je retrouve toujours Berlin à chacune de mes visites. Les quartiers dans lesquels je vais n’ont pas radicalement changé comme on voudrait nous le faire croire ; pas de grande métamorphose en vue. Ces quartiers sont réhabilités et réinvestis par ceux qui ont envie d’y travailler et d’y vivre. Les berlinois se réapproprient les quartiers à l’est comme l’ont déjà fait les londoniens.
Je trouve que Berlin s’uniformise comme toutes les grandes villes culturelles d’Europe. J’aime la coupole de verre sur le bâtiment du Reichstag comme j’aime la pyramide du Louvre.

Berlin est une métropole et chaque quartier est un village, je pourrai dire cela de Paris, Londres ou New-York également. La seule différence majeure c’est l’espace, Berlin est égale à 8 fois Paris, et aussi le coût de la vie fait que Berlin a 35 000 artistes résidents.
Berlin est « casual », multi-ethnique et relax, alors pourquoi y a t-il partout des caméras de surveillance ?

Est-ce qu’il se passe vraiment quelque chose à Berlin ?
Beaucoup de galeries et d’espace de création se trouvent dans les cours et les arrières cours des immeubles. Si vous voulez découvrir autre chose que les chemins balisés et les circuits touristiques, alors mieux vaut connaître une berlinoise ou un berlinois, et savoir ce que vous cherchez !
Et pour voir l’art contemporain ailleurs que dans les musées, vous allez devoir prendre un rendez-vous avec des collectionneurs privés, même certaines galeries de design sont uniquement visibles sur rendez-vous…
Au Kunst-Werke et à la Berlinische Galerie, vous trouverez du contenu dans le contenant, ce qui n’est pas forcément le cas à Lisbonne, Barcelone ou Rome. Mais en même temps je n’y ai pas fait de découverte majeure, ni senti une impulsion créative particulière.

Ce que j’ai trouvé cette fois-ci à Berlin : la lumière ; en extérieur, elle était changeante, à tout instant elle modifiait le regard que je portais sur la ville.