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Anselm Kiefer – L’alchimie du livre

  • by C.EM
  • novembre 13th, 2015

ANSELM KIEFER
L’alchimie du livre

20 octobre 2015 – 7 février 2016
Galerie 2
BnF – François Mitterrand – Quai François Mauriac 75013 Paris

Anselm Kiefer a déménagé partiellement sa bibliothèque à la BnF et nous propose une incursion dans son univers secret, là où il travaille, au milieu des livres…
Je franchis le tourniquet et me retrouve dans une seule salle blanche immense, les œuvres sont présentées comme orientées avec une boussole, Nord-Sud et Est-Ouest, au centre des vitrines horizontales en ligne.
A l’entrée, il y a de chaque côté, des étagères métalliques et dessus des livres, des boites, des phrases inscrites sur les boites et les livres…

Anselm Kiefer, Wer Jetzt Kein Haus Hat..., L'alchimie du Livre, BnF François Mitterrand, Paris, Tendance Culture

The secret life of plants
Nausikaa
Himmlisches Jerusalem
WER JETZT KEIN HAUS HAT…

D’après le poème de Rainer Maria Rilke :
Herbsttag
Herr, es ist Zeit. Der Sommer war sehr groß.
Leg deinen Schatten auf die Sonnenuhren,
und auf den Fluren lass die Winde los.

Befiehl den letzten Früchten, voll zu sein;
gib ihnen noch zwei südlichere Tage,
dränge sie zur Vollendung hin, und jage
die letzte Süße in den schweren Wein.

Wer jetzt kein Haus hat, baut sich keines mehr.
Wer jetzt allein ist, wird es lange bleiben,
wird wachen, lesen, lange Briefe schreiben
und wird in den Alleen hin und her
unruhig wandern, wenn die Blätter treiben.

Ce poème « Herbsttag » de Rainer Maria Rilke, appelle un autre poème plus sombre, celui de Georg Trakl :

Der Herbst des Einsamen
Der dunkle Herbst kehrt ein voll Frucht und Fülle,
Vergilbter Glanz von schönen Sommertagen.
Ein reines Blau tritt aus verfallener Hülle;
Der Flug der Vögel tönt von alten Sagen.

Gekeltert ist der Wein, die milde Stille
Erfüllt von leiser Antwort dunkler Fragen.

Und hier und dort ein Kreuz auf ödem Hügel ;
Im roten Wald verliert sich eine Herde.
Die Wolke wandert übern Weiherspiegel;
Es ruht des Landmanns ruhige Geberde.
Sehr leise rührt des Abends blauer Flügel
Ein Dach von dürrem Stroh, die schwarze Erde.

Bald nisten Sterne in des Müden Brauen;
In kühle Stuben kehrt ein still Bescheiden
Und Engel treten leise aus den blauen
Augen der Liebenden, die sanfter leiden.
Es rauscht das Rohr; anfällt ein Knöchern Grauen,
Wenn schwarz der Tau tropft von den kahlen Weiden.

Dans les vitrines au milieu des étagères à gauche, je retiens :

Anselm Kiefer, Der Rhein, L'alchimie du Livre, BnF François Mitterrand, Paris, Tendance Culture

Der Rhein – 1983
Pour Jean Genet – 1969

En commençant à gauche et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre :

Nigredo – 1998
La Lettre Perdue – Der Verlorene Buchstabe – 2012
« EMET » en hébreu veut dire « Vérité »
« MET » en hébreu veut dire « Mort »

La vie secrète des plantes – 2001 (Robert Fludd, penseur anglais du XVIIe siècle – chaque plante sur terre a son équivalent sous forme d’étoiles).

Les deux peintures qui sont face à face dans la salle blanche :
Le Livre – 2007
L’idée du livre comme symbole du savoir immuable et d’élévation spirituelle, selon la mystique judaïque.
Et
Für MH – Lichtung – 2015

Praxilla – 2004
Sappho – 2008
Erinna – 2006

Anselm Kiefer, Shevirat-ha-Kelim, L'alchimie du Livre, BnF François Mitterrand, Paris, Tendance Culture

Shevirat-Ha-Kelim – Bruch der Gefässe – 2015
Ces livres en plomb et verre brisé, terminé sur place par Anselm Kiefer, symbolise le mythe kabbalistique de la création divine selon Isaac Louria (rabbin et kabbaliste du XVIe siècle, penseur du mysticisme juif et fondateur de l’école kabbalistique de Safed).

Dans les vitrines centrales, en partant de la grande peinture « Le Livre », je retiens :
Ligne 1
Für Heinrich Heine – 2014
Die Marmorblasse Maid

Ligne 2
Die Wolkensäule – 2015
Tanderadei – 2013

Ligne 5

Anselm Kiefer, Für Martin Heidegger - Todtnauberg, L'alchimie du Livre, BnF François Mitterrand, Paris, Tendance Culture
Für Martin Heidegger – Todtnauberg (poème de Paul Celan, qui est allé à Todtnauberg pour rencontrer Martin Heidegger, en 1967) – 2010-2014
Das Lied von der Zeder – Für Paul Celan – 2005
Für Paul Celan – Halme der Nacht – 2005

Ligne 6
Velimir Khlebnikov (poète russe) – Zeit, Mass der Welt. Band I – 1996
L’origine du monde – 2004
Le temps circulaire des astres des mers et des femmes (citation de Michelet,cf. Michelet. Essais Littéraires. de Roland Barthes) – Die Kreisende Zeit der Gestirne der Meere und der Frauen – 2006
Cette citation était écrite au fusain dans l’une des maisons que Anselm Kiefer avait réalisée pour MONUMENTA 2007.

Anselm Kiefer, Die Kreisende Zeit der Gestirne der Meere und der Frauen, L'alchimie du Livre, BnF François Mitterrand, Paris, Tendance Culture

Je me suis toujours sentie en terrain familier devant les œuvres de Anselm Kiefer, car son travail passe par la reconnaissance et la lecture de l’histoire, par les livres et par la nature.Les livres justement qui me fascinent tant, avec leur matière, leur sujet et leur format, du recueil de conte illustré aux grands livres, comme j’aimerai pouvoir assister à la création d’un de ces livres…
Entre la rétrospective de l’année dernière à la Royal Academy of Arts de Londres, cette exposition à la BnF et celle à venir au Centre Pompidou, ma curiosité pour le travail magnétique de Anselm Kiefer va être satisfaite !

Anselm Kiefer a dit : « Quand je peins, c’est la guerre dans ma tête, j’hésite sur les directions à prendre, les choix à faire. J’aime cette phrase de Paul Klee qui disait que lorsqu’on a fini un tableau on en a laissé tomber cent autres… »

Berlin – Menashe Kadishman

  • by C.EM
  • août 31st, 2015

Jüdisches Museum – Lindenstrasse 9-14, 10969 Berlin
« Schalechet » (« Gefallenes Laub » oder « Fallen Leaves ») – Installation de Menashe Kadishman (Tel-Aviv)
10 000 visages recouvrent le sol…dans une salle vide – Memory Void – longue comme un couloir, du musée.

"Schalechet" (Fallen Leaves), Installation de Menashe Kadishman, Berlin/ Tendance Culture

Berlin – Berlinische Galerie

  • by C.EM
  • août 28th, 2015

Berlinische Galerie – Alte Jakobstrasse 124-128, 10969 Berlin
Radikal Modern – jusqu’au 26 octobre 2015
Planen und Bauen im Berlin der 1960er – Jahre

Radikal Modern, Berlinische Galerie, Berlin/ Tendance Culture
Ne ratez pas les photographies d’Herbert Tobias (1961) et allez voir en vrai les vitraux bleus réalisés par Gabriel Loire (Chartres) pour la Neue Kaiser Wilhelm Gedächtniskirche, une pure merveille.

Daniel Libeskind a été interviewé par le Uncubemagazine, au sujet de cette exposition, car il avait concouru en 1993 pour le re-développement de la Postdamer Platz; et c’est passionnant ! (Interview)

Daniel Libeskind, entretien avec Joanna Podolska et Nikolaus Bernau

  • by C.EM
  • mai 7th, 2015

« Harmony of the Spheres », Łódź, Berlin, and more

Le mardi 28 avril 2015, à 19h30
Hôtel ADLON (Ballsaal) – Unter den Linden 77, Berlin

SAPPHIRE, Chausseestrasse (Berlin-Mitte)
Architecte M. Daniel Libeskind
J’ai pu assister à cet entretien passionnant, qui a duré 1h30 et je vous en donne un aperçu à travers quelques notes que j’ai prise.

Daniel Libeskind, Harmony of the Spheres, Joanna Podolska, Nikolaus Bernau, Berlin

Nikolaus Bernau : quelle est l’importance du language dans l’architecture ?
Daniel Libeskind : vous avez besoin d’un langage pour communiquer et l’architecture n’utilise pas de mots c’est un langage de proportions, de temps et de bruit. C’est un sens universel d’être dans ce monde. (Daniel Libeskind parle couramment plusieurs langues)

Nikolaus Bernau : pourquoi la Chine est fascinée par votre travail ?
Daniel Libeskind : je ne sais pas pourquoi je suis aussi célèbre en Chine mais la Chine est une société en changement et la fascination vient sans doute de l’envie de liberté. C’est un chemin différent.

Joanna Podolska : la Pologne tient –elle une part importante dans votre vie ?
Daniel Libeskind : je compte toujours en polonais, c’est étrange ! Ma famille est impliquée dans l’histoire polonaise depuis plus de 100 ans. La culture polonaise fait bien sûr partie de qui je suis.

Joanna Podolska : votre père et votre arrière-grand-père racontaient des histoires ?
Daniel Libeskind : mon père a raconté une histoire qui lui venait de son père et je peux dire que c’est un algorithme yiddish ! Mes parents étaient des survivants et regardaient vers l’avenir, ma mère était pleine de vie et de futur. C’est très judaïque, la joie que la vie apporte. Ma mère était courageuse, elle était très septique au sujet de toute forme d’autorité extérieure. A la maison on parlait polonais + hébreu + anglais. C’était très dur d’être un immigrant, sans ressources, sans profession, et de devoir construire sa vie à partir de rien.

Joanna Podolska : de quelle façon votre passé, votre culture influence t-elle votre art ?
Daniel Libeskind : ce sont toutes mes expériences, qui additionnées me donnent une vue. Berlin fait partie de ma vie, vous ne pouvez pas quitter Berlin !

Nikolaus Bernau : est-ce que vous êtes chez vous à Berlin ?
Daniel Libeskind : si vous aimez une ville vous pouvez la critiquer et dire ce qu’il manque, ce dont cette ville a besoin. L’architecture c’est le pouvoir de ceux qui y vivent ; le pouvoir visuel de l’architecture est plus fort que celui qu’une institution pourrait avoir. Je crois que l’architecture est un art social. Vous n’avez pas besoin de construire le plus grand immeuble pour qu’il ait un impact.

Nikolaus Bernau : si vous avez un projet de construction d’habitations, comment cela est-il démocratique ?
Daniel Libeskind : l’architecture ce n’est pas du design, ce n’est ni une voiture ni un ordinateur, c’est un endroit connecté aux êtres humains. On a besoin de bonne lumière dans une pièce, de proportions, d’une bonne acoustique, etc.
Tout le monde devrait avoir accès à un endroit digne et beau où vivre ; et il faut utiliser les matériaux qui existent sur place. Je vis dans un appartement de 108m2. Les petits appartements peuvent être très beaux si ils sont pensés pour ceux qui vont y vivre.
Haussmann à Paris était une certaine forme d’autorité pour connecter différents quartiers. Vous ne pouvez pas faire juste ce que vous dessinez, même à New-York, il faut être flexible et amener les gens à vivre ensemble dans un environnement social économique et politique.

Nikolaus Bernau : est-ce que c’est le rôle de l’autorité comme au XIX siècle de construire ?
Daniel Libeskind : nous aimons l’autorité, la plupart des gens en tout cas, mais ce n’est pas le bon choix.
Quel est le but de l’immeuble ? A quoi ressemble un immeuble ? Il faut que ce soit moral. Il faut pouvoir expliquer le sens d’un immeuble à tout le monde.

Joanna Podolska : est-ce que vous pensez que les gens peuvent lire ce que vous leurs proposez, comprennent votre art ?
Daniel Libeskind : un certain nombre d’immeubles construits n’étaient pas les bienvenus, je suis un faiseur d’histoires !

Nikolaus Bernau : comment convaincre les critiques d’architecture que votre projet est bon ?
Daniel Libeskind : À New-York j’ai ouvert le New-York Times et j’ai regardé les résultats. J’ai pensé : j’ai fait de mon mieux. Et puis j’ai eu un appel téléphonique : « pouvez-vous venir M. Libeskind ? ». Il y avait là l’équipe gagnante qui a fait un geste désagréable à mon égard. J’ai expliqué mon projet et puis ils m’ont téléphoné en fin de journée quand je faisais mes valises pour rentrer à Berlin ! Ils ont dit : « Ne croyez pas les journaux. Vous avez gagné ! »

Nikolaus Bernau : comment travaillez vous ?
Daniel Libeskind : je travaille avec des dessins mais aussi avec l’iPad et nous faisons des maquettes parfois très grandes. J’adore les maquettes !
SAPPHIRE ne peut pas être construit à un autre endroit ; Il faut tirez les avantages du lieu, ce doit être unique et connecté. Il y a bien sûr une connexion entre le musée juif de Berlin et le Denver Art Museum (Colorado).
J’essaye de comprendre l’ambition de chaque endroit où je travaille.

Nikolaus Bernau : est-ce que la culture d’une nation a une influence sur ce que vous construisez ?
Daniel Libeskind : oui bien sûr, chaque nation est unique et vous devez touchez la corde sensible sinon ce sera quelque chose de très artificiel.
A Berlin, par exemple, il faut respecter l’histoire de la ville, qui est singulière et faire avec.

Nikolaus Bernau : est-ce que vous contrôlez vos constructions ?
Daniel Libeskind : oui bien sûr !

Nikolaus Bernau : est-ce que vous revenez voir vos constructions ?
Daniel Libeskind : oui, je n’en ai pas peur ! C’est « ma chair et mon sang », comme des enfants ! L’architecture n’est pas mobile, c’est quelque chose de permanent, vous n’allez pas changer un mur ou une fenêtre une fois que c’est construit. L’architecture c’est la stabilité dans un monde instable, en changement. L’architecture est connectée à l’âme d’une ville, d’un pays et les artistes sont contemporains, ils vivent dans le présent.

Il donne son avis sur la (re)construction du château à Berlin ou Berliner Stadtschloss ; il dit «  la reconstruction du château est banale » et que, la construction d’un « immeuble historique » détruit, est comme un fantôme…

Je remercie Frau Petra Schramm – Ziegert Bank–und Immobilienconsulting GmbH de m’avoir invitée.

GEORG BASELITZ – Damals, dazwischen und heute

  • by C.EM
  • décembre 30th, 2014

Exposition qui s’étend sur les quinze dernières années
Jusqu’au 1er février 2015 – Haus der Kunst, Munich

Je suis toujours agréablement surprise par les expositions présentées à la Haus der Kunst, ce sont plutôt des rétrospectives, cohérentes et de qualité.
L’exposition s’articule autour de 12 salles.
Je retrouve ici le thème de l’aigle que j’aime particulièrement, où l’inversion du motif a plus de sens et de force que pour ses portrait et personnages. « Fingermalerei – Adler », 1972, introduit le motif central de l’aigle.
La nouvelle série des « Schwarzen Bilder » 2011-2013, (très appréciée de Peter Marino), est ici présentée avec ses sculptures monumentales de personnages en bronze patiné noir (qui ont été exposées à la galerie Thaddaeus Ropac de Pantin).

Salle 1
« Adler » (Aigle), 1977

Georg Baselitz, Damals, dazwischen und heute, Haus der Kunst, Munich

Salle 2
Dans cette salle sont présentées huit « Schwarzen Bilder » 2011-2013 et deux sculptures monumentales de personnages en bronze patiné noir « Zero Ende », 2014 et « BDM Gruppe » (en souvenir de sa sœur, qui était membre du BDM Bund Deutscher Mädel), 2012.
La sculpture « Zero Ende » est en écho à la peinture « Hembel », 2004. Ici, la tête de mort est un point final dramatique.

« Ich esse Stenk », 2013
« Niemandsland », 2011-2013
Le motif et l’arrière plan sombre s’attirent et se repoussent, dans une direction plus radicale.

Salle 3
« Elke negativ blau », 2012
Je trouve ces peintures sur fond noir particulièrement réussies, elles ont une dimension onirique et fantomatique.

« Blauer Baum P.M. », 2009

Salle 4
Salle 5
« Unvergesen damals », 2009

Salle 6
Salle 7
Salle 8
Salle 9

Georg Baselitz, Damals, dazwischen und heute, Haus der Kunst, Munich

« Aarhus ist ein schönes Land », 2011, fait partie d’une série de peintures monumentales verticales réalisées en 2011, qui représentent une partie du corps dans les tons de blanc et gris, ou un buste, la tête de semi-profil, les bras le long du corps et le tout de façon plutôt abstraite et traversé de lignes noires comme un « remix ».

« Yellow Song », 2013, sculpture en bronze patiné noir.

Salle 10
Salle 11
Salle 12
La salle des aigles, ces peintures sont dans les tons sombres de gris, marron et bleu, la tension est dans la force du trait.
« Adler », 1977-1978
« Adler », 1978, plus grand format.

"Adler", 1978, Georg Baselitz, Damals, dazwischen und heute, Haus der Kunst, Munich

CAMILLE HENROT – The Pale Fox

  • by C.EM
  • décembre 16th, 2014

Installation « The Pale Fox »
Pièce sonore composée par Joakim, 18’, 2014
Jusqu’au 20 décembre 2014 – Bétonsalon, Paris

« The Pale Fox » ou le dieu Ogo des Dogons d’Afrique de l’Ouest (il représente le chaos mais également la création) ou selon Camille Henrot « Ce caillou qui traîne dans la chaussure ». « The Pale Fox », pour cette œuvre, elle a fait des recherches et des rencontres au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris.

Est
Air
Naissance
Le principe de l’être : où tout commence

Sud
Eau
Enfance – adolescence
La loi de la continuité : où tout se développe

Ouest
Terre
Age adulte
Le principe de raison suffisante : là où sont les limites

Nord
Feu
Vieillesse
Le principe des indiscernables : là où les choses s’altèrent ou/et disparaissent

Camille Henrot, The Pale Fox, Bétonsalon, Paris

Ici je me tiens devant l’entrée d’une pièce rectangulaire dans sa longueur et bleue, bleue Klein.
Une jeune femme me dit : « Il faut commencer à gauche, à gauche là où il y a le portrait du bébé ».
Puis elle reste là et commence à faire fonctionner un serpent qui avance au centre de la pièce.
Il y a un fond sonore « ambient » entrecoupé de quintes de toux et d’éternuements.

Il y a là, des éléments divers, une impression numérique d’un visage de bébé, un livre, des œufs de manchot royal, un livre, des dessins à l’encre de chine, des sculptures en bronze, un amas d’objets, d’images et de cadres numériques, une pile de journaux, encore des bronzes, une rampe en aluminium et papier, des images, des posters…
Je vois le dénuement de la naissance et de la fin. Je ris devant le désordre accumulé de l’adolescence et je passe devant les limites de l’âge adulte.

J’avais aimé « Peut-on être révolutionnaire et aimer les fleurs ? » (2012), ici il y a une nouvelle cartographie de l’humain, quelque chose d’inachevé et de fracturé.
L’œuvre de Camille Henrot est bancale et complexe.
Il y a du Louise Bourgeois chez Camille Henrot…

Cf. The Pale Fox, étude anthropologique du peuple Dogon d’Afrique de l’Ouest, publiée en 1965 par Marcel Griaule et Germaine Dieterlen.

ANSELM KIEFER

  • by C.EM
  • novembre 10th, 2014

Rétrospective, 40 ans de créations

27 septembre-14 décembre 2014
Main Galleries, Burlington House – Royal Academy of Arts, Londres

Ce que j’aime chez Anselm Kiefer c’est sa faculté prodigieuse à passer de l’histoire antique à l’histoire moderne. Comment allez chercher au fond de l’histoire humaine une expression visuelle et poétique du chaos.
Ses peintures et sculptures grand format portent une forte énergie et une profonde émotion, qui me figent sur place, et m’imposent un silence méditatif.

Anselm Kiefer, "Für Velimir Khlebnikov : das Schicksal der Völker", 2011-2014

Dans la cour il y a :
Un ensemble de sous-marins qui rodent dans une vitrine. « Für Velimir Khlebnikov : das Schicksal der Völker », 2011-2014
D’après le poète russe Velimir Khlebnikov (1885-1922), qui pensait que les grandes batailles navales avaient lieu tous les 317 ans où dans un multiple de ce nombre.
Anselm Kiefer dit :« In the beginning is the end and in the end is the beginning ».

Anselm Kiefer, "Für Velimir Khlebnikov : das Schicksal der Völker", 2011-2014

La rétrospective dans l’académie commence et se termine avec les livres. Ils ont une place centrale dans l’œuvre de Anselm Kiefer. Ceux présentés dans l’exposition sont pour la majorité visuels.
Anselm Kiefer dit :« You do not have to read my books. You only need to scan. I am not picturing words. I am trying to recreate a memory ».

Mémoire
Absence de mémoire
Mémoire collective

Confrontation
Provocation
Motivation

Création
Destruction

Vie
Mort
Renaissance

Salle 1
« The Burning of the Rural District of Buchen », livre, 1974
« Wege », dessin, 1976

« Odin-Yggdrasil », gouache et acrylique sur photographie, 1976

ODIN
4 Hirsche (cerfs)
1 Adler (aigle)
1 Pferd (cheval)
1 Eichhörnchen (écureuil)
1 Drache (dragon)

Welt – Esche (monde – Frêne (l’arbre))

Anselm Kiefer dit : « I was born in the war. During the daytime when I was a baby my grandparents and my mother had to go into the woods to protect us from the bombing. I had a little chariot and was taken into the woods in the morning and then we returned in the evening. »

« Virginia Woolf », aquarelle et gouache, 1975

Salle 2
Peintures, série « Attic », 1971-1973

Salle 3
« Margarethe », 1981
D’après le poème de Paul Celan « Todesfugue », tiré de son deuxième livre « Mohn und Gedächtnis » (Pavot et Mémoire), publié en 1952, dont 23 poèmes sont dédicacés « Für dich » à Ingeborg Bachmann.
Le poème « Todesfugue » a pour thème le sort des juifs dans les camps d’extermination.

Paul CELAN (Paul Pessah Antschel) (1920-1970)
II aus : Mohn und Gedächtnis-1952
« Todesfugue »

SCHWARZE Milch der Frühe wir trinken sie abends
wir trinken sie mittags und morgens wir trinken sie nachts
wir trinken und trinken
wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng
Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der schreibt
der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland dein goldenes Haar Margarete
er schreibt es und tritt vor das Haus und es blitzen die Sterne er pfeift seine Rüden herbei
er pfeift seine Juden hervor lässt schaufeln ein Grab in der Erde
er befiehlt uns spielt auf nun zum Tanz

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts
wir trinken dich morgens und mittags wir trinken dich abends
wir trinken und trinken
Ein Mann wohnt im Haus der spielt mit den Schlangen der schreibt
der schreibt wenn es dunkelt nach Deutschland dein goldenes Haar Margarete
Dein aschenes Haar Sulamith wir schaufeln ein Grab in den Lüften da liegt man nicht eng

Er ruft stecht tiefer ins Erdreich ihr einen ihr andern singet und spielt
er greift nach dem Eisen im Gurt er schwingst seine Augen sind blau
stecht tiefer die Spaten ihr einen ihr andern spielt weiter zum Tanz auf

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts
wir trinken dich mittags und morgens wir trinken dich abends
wir trinken und trinken
Ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete
Dein aschenes Haar Sulamith er spielt mit den Schlangen

Er ruft spielt süßer den Tod der Tod ist ein Meister aus Deutschland
er ruft streicht dunkler die Geigen dann steigt ihr als Rauch in die Luft
dann habt ihr ein Grab in den Wolken da liegt man nicht eng

Schwarze Milch der Frühe wir trinken dich nachts
wir trinken dich mittags der Tod ist ein Meister aus Deutschland
wir trinken dich abends und morgens wir trinken und trinken
der Tod ist ein Meister aus Deutschland sein Auge ist blau
er trifft dich mit bleierner Kugel er trifft dich genau
ein Mann wohnt im Haus dein goldenes Haar Margarete
er hetzt seine Rüden auf uns er schenkt uns ein Grab in der Luft
er spielt mit dem Schlangen und träumet der Tod ist ein Meister aus Deutschland

dein goldenes Haar Margarete
dein aschenes Haar Sulamith

Anselm Kiefer, Margarethe 1981 Oil and bundles of straw on canvas 280 x 380 cm 110 x 150", © 2014 Saatchi Gallery. All rights reserved.

© 2014 Saatchi Gallery. All rights reserved.

Salle 3 suite
« Aschenblume », 1983-1997
En référence à l’architecture d’Albert Speer et de Wilhelm Kreis à Berlin, des immeubles monumentaux pour porter l’idéologie du National Socialisme.

Salle 4
« Die Orden der Nacht », 1996

Salle 5
« Für Ingeborg Bachmann : der Sand aus den Urnen », 1998-2009
Pour Anselm Kiefer il est la vision d’une cité perdue.
« Der Sand aus den Urnen » est le premier livre de Paul Celan, publié en 1947, Ingeborg Bachmann et Paul Celan se sont rencontrés à Vienne en 1948.

Ingeborg Bachmann, poétesse autrichienne, (1926-1973)
Ier recueil « Die Gestundete Zeit »-1950
« Die Gestundete Zeit »

Es kommen härtere Tage.
Die auf Widerruf gestundete Zeit
Wird sichtbar am Horizont.
Bald muβt du den Schuh schnüren
Und die Hunde zurückjagen in die Marschhöfe.
Denn die Eingeweide der Fische
sind kalt geworden im Wind.
Ärmlich brennt das Licht der Lupinen.
Dein Blick spurt im Nebel:
Die auf Widerruf gestundete Zeit
Wird sichtbar am Horizont.

Drüben versinkt dir die Geliebte im Sand,
er steigt um ihr wehendes Haar,
er fällt ihr ins Wort,
er befiehlt ihr zu schweigen,
er findet sie sterblich
und willig dem Abschied
nach jeder Umarmung.

Sieh dich nicht um.
Schnür deinen Schuh.
Jag die Hunde zurück.
Wirf die Fische ins Meer.
Lösch die Lupinen !

Es kommen hätere Tage.

Salle 6
« Untitled » 2006-2008, triptyque de la forêt dans des vitrines en verre
La forêt est le monde invisible qui ouvre une infinité de possible à contempler et à explorer.

Salle 7
« Ages of the World », installation, 2014

Salle 8
Deux peintures, « Für Paul Celan, Aschen Blume » et « Schwarze Flocken »
On retrouve dans les deux peintures des extraits des poèmes.
D’après les poèmes de Paul Celan : « Aschenkraut » und « Schwarze Flocken »
Dans les poèmes de Paul Celan, la neige et la glace font référence aux paysages de l’Holocauste et symbolise l’oubli et le silence de l’Europe.

Anselm Kiefer dit :« Texts are ideas. The use of text serves to cancel or to contradict the painting… The text is there to play devil’s advocate with the painting to challenge it – yes, also to interrogate the painting. »

Salle 9
« Für Paul Celan : Halme der Nacht », 1998-2013
« Für Ingeborg Bachmann : die berühmten Orden der Nacht », 1987-2014

« The secret life of plants for Robert Pludd », 1987-2014

Salle 10
Retour aux livres…
« Under der Linden-an der Heide… », 2013, livre de 40 pages, avec du plomb électrolysé
Anselm Kiefer pense que le plomb est le seul matériau suffisamment lourd pour porter le poids de l’histoire humaine.

Salle 11
« der Morgenthau Plan », 2013
« L’Origine du Monde », 2014

Salle 12
« Der Rhein », 1982-2013
D’après Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), romancier, dramaturge et poète allemand
Et d’après « Melancolia » d’Albretch Dürer (1514)

Melancolia
Atlantik Wall
Maginot
Für Paul Celan
dem unbekannten Maler
Melancolia
Quaternität
Melancolia
Atlantik Wall
die Nacht am Rhein
die Nornen Urd-Sküld
Urd
Sküld

Les poèmes sont volontairement laissés dans leur langue d’origine.

MONUMENTA 2014 – ILYA ET EMILIA KABAKOV

  • by C.EM
  • juillet 9th, 2014

L’ÉTRANGE CITÉ
Au Grand Palais
Du 10 mai au 22 juin 2014

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris1-La Coupole

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris2-L’entrée dans la cité

J’ai passé mon temps à lever la tête, à regarder vers le haut.
Il y avait tellement de soleil ce jour là, que je me suis demandée si je n’avais été téléportée en Grèce, avec ses maisons blanches et ses dédales de rues. Je suis l’ordre du plan, mais je ne peux m’empêcher de tourner en rond. Je me déconnecte du temps présent, et en même temps j’accélère dans la trajectoire de mon parcours.
La coupole est posée là comme un ovni. Cet orgue lumineux me fait penser à un jouet géant pour enfants.
Je ne franchis pas l’entrée dans la cité, je la contourne, au cas où, si je franchissais cette porte j’allais me perdre dans le monde d’Alice aux pays des merveilles ou dans le labyrinthe du Minotaure.
En face j’entre dans le musée vide, les deux portes au fond m’attirent, je voudrai pouvoir les ouvrir et qu’elles m’emmènent dans un autre monde. Finalement la « Passacaille » de Jean-Sébastien Bach ne me retient pas.
Je passe à gauche et tourne dans le sens des aiguilles d’une montre.
J’arrive à Manas, une ville qui exista au nord du Tibet. Je tourne d’abord autour puis je me rapproche en spirale du centre. J’observe la maquette.
J’arrive au Centre de l’énergie cosmique. J’ai l’impression d’être dans le monde des « Cités Obscures » de Schuiten et Peeters.
Et là j’espère rencontrer un ange… Mais j’ai l’impression qu’il faut aller très haut pour rencontrer les anges…
Puis j’arrive aux Portails, et j’entre dans un temple japonais ; tout de suite je me sens bien, plus calme, j’aurai envie de pouvoir m’asseoir là tranquillement et méditer.
Je quitte la spirale pour entrer dans la Chapelle blanche à gauche puis dans la Chapelle sombre à droite. Ces chapelles qui ont les proportions des églises de la renaissance, sont ce que je retiens de cette étrange cité, sans doute parce qu’elles font parties de ma culture depuis toujours.

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris3-Le musée vide

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, ParisIlya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris4-Manas

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, ParisIlya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris5-Le centre de l’énergie cosmique

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris6-Comment rencontrer un ange

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris7- Les portails

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris8-La chapelle blanche

Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange Cité", Monumenta 2014, Grand Palais, Paris9-La chapelle sombre

 L’idéal aurait été de pouvoir faire 2 visites privées, avec 2 météos différentes. Avoir le temps de tourner autour, en silence; avoir le temps de s’arrêter et de regarder, sans parasites; prendre une vue d’ensemble puis entrer dans le détail.
Est-ce que le travail présenté correspond à Monumenta ? Je ne suis pas sûre, mais cette étrange cité mérite réflexion.