Van Gogh / Artaud. Le suicidé de la société.

  • par C.EM
  • avril 17, 2014

Au musée d’Orsay
Du 11 mars au 6 juillet 2014

Ou l’art parisien de l’écran de fumée…

Il faut faire la queue dehors sur l’esplanade du musée d’Orsay balayée par les vents ; et il faudra refaire la queue une fois à l’intérieur pour accéder à l’exposition. Dommage, vous n’avez pas acheté votre billet en ligne pour voir l’exposition tel jour, à telle heure…! Vous ferez alors partie de ceux qui seront comptabilisés et questionnés ; « ça ne vous dérange pas, hein, de remettre ce papier au gardien à la sortie de l’exposition » ?! Et là vous serez chronométré…

Tout ça pour quoi au juste ? Ah oui, Van Gogh/Artaud. Le suicidé de la société. L’exposition s’ouvre sur un montage sonore « Pour en finir avec le jugement de dieu » (22-29 novembre 1947, radio enregistrement), la première salle est consacrée à Antonin Artaud, avec un portrait d’Antonin Artaud par Man Ray, suivent deux salles consacrées à Vincent Van Gogh, puis une dernière salle consacrée aux dessins d’Antonin Artaud (et également Antonin Artaud, comédien, 20 extraits de films).
Je croyais aller voir un parallèle, un dialogue, une confrontation entre deux univers de « deux monstres sacrés ».
Mais le musée d’Orsay ne met justement pas face à face ces « deux artistes maudits ». Je commence « à maudire » cette exposition qui n’est qu’une énième exposition Vincent Van Gogh.
Antonin Artaud, « Van Gogh le suicidé de la société »,
p42 : « Une exposition des tableaux de Van Gogh est toujours une date dans l’histoire,
non dans l’histoire des choses peintes, mais dans l’histoire historique tout court. »

D’ailleurs le public qui est là, lui, ne s’est pas trompé, il y a foule dans les deux salles Van Gogh.

Et Antonin Artaud, alors ? Seul contre tous ?

Je cherche encore les écrits dans cette exposition…

« Paule aux ferrets » 24 mai 1947, dessin d’Antonin Artaud
« Paule aux ferrets » 24 mai 1947, dessin d’Antonin Artaud, musée d'Orsay, Paris

Antonin Artaud, « Van Gogh le suicidé de la société »
Introduction : Antonin Artaud, « Ce dessin représente l’effort que je tente en ce moment pour refaire corps avec l’os des musiques de l’âme » Rodez, septembre 1945. Ces signes jetés sur la page, Artaud les nomme des « notes », au double sens scriptural et musical du terme…

P33 : « Quant à la main cuite, c’est de l’héroïsme pur et simple,
quant à l’oreille coupée, c’est de la logique directe,
et je le répète,
un monde qui, jour et nuit, et de plus en plus, mange l’immangeable,
pour amener sa mauvaise volonté à ses fins,
n’a, sur ce point,
qu’à la boucler. »

P37, Post-Scriptum : « Car c’est la logique anatomique de l’homme moderne, de n’avoir jamais pu vivre, ni penser vivre, qu’en possédé. »

Antonin Artaud, « Le Théâtre de la Cruauté », mars 1946 (Centre Pompidou)

Antonin Artaud, « Le Théâtre de la Cruauté », mars 1946 (Centre Pompidou), musée d'Orsay, Paris

P41 : « La peinture linéaire pure me rendait fou depuis longtemps lorsque j’ai rencontré Van Gogh qui peignait, non pas des lignes ou des formes, mais des choses de la nature inerte comme en pleines convulsions.
Et inertes. »

P43 : « Van Gogh a tiré ces espèces de chants d’orgue, ces feux d’artifice, ces épiphanies atmosphériques, ce « Grand Œuvre » enfin d’une sempiternelle et intempestive transmutation. »

Antonin Artaud, « Sans Titre », janvier 1948 (Centre Pompidou)
Antonin Artaud, « Sans Titre », janvier 1948 (Centre Pompidou), musée d'Orsay, Paris

P47 : «  Je crois que Gauguin pensait que l’artiste doit rechercher le symbole, le mythe, agrandir les choses de la vie jusqu’au mythe,
alors que Van Gogh pensait qu’il faut savoir déduire le mythe des choses les plus terre-à-terre de la vie.
En quoi je pense, moi, qu’il avait foutrement raison.
Car la réalité est terriblement supérieure à toute histoire, à toute fable, à toute divinité, à toute surréalité.
Il suffit d’avoir le génie de savoir l’interpréter.
Ce qu’aucun peintre avant le pauvre Van Gogh n’avait fait,… »

P60 : « Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer. »

Antonin Artaud, autoportrait, Rodez, 11 mai 1946 (Centre Pompidou)
Antonin Artaud, autoportrait, Rodez, 11 mai 1946 (Centre Pompidou), musée d'Orsay, Paris

P71 : « …preuve que Van Gogh a pensé ses toiles comme un peintre, certes, et uniquement comme un peintre, mais qui serait,
par le fait même,
un formidable musicien. »

p87 : « Un fou, Van Gogh ?…
L’œil de Van Gogh est d’un grand génie, mais à la façon dont je le vois me disséquer moi-même du fond de la toile où il a surgi, ce n’est plus le génie d’un peintre que je sens en ce moment vivre en lui, mais celui d’un certain philosophe par moi jamais rencontré dans la vie. »

Introduction des « Lettres à son frère Théo » :
La question est posée : « …Mais que veux tu ? »
Derniers mots de la dernière lettre de Vincent à Théo : « Eh bien ! Mon travail à moi, j’y risque ma vie et ma raison y a fondré à moitié… »

Autoportrait de Vincent Van Gogh, Washington, The National Gallery of Art
Saint-Rémy de Provence, août 1889
Collection of Mr. and Mrs. John Hay Whitney (1998.74.5)
Vincent van Gogh (Dutch, 1853 - 1890 ), Self-Portrait, 1889, oil on canvas, Collection of Mr. and Mrs. John Hay Whitney

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