ArchiveMonthly

BILL VIOLA

  • by C.EM
  • mars 28th, 2014

Au Grand Palais
Du 5 mars au 21 juillet 2014
Première rétrospective des œuvres vidéos de Bill Viola à Paris.

Bill Viola dans le space time continuum :
Les œuvres présentées vont de 1977 à 2013, c’est un parcours sur 4 décennies, qui commence dans la pénombre, ce qui oblige à une certaine concentration voir une introspection. Je me concentre, je scrute l’obscurité et je commence à faire abstraction des gens autour de moi ; j’accepte le choix des pièces présentées qui prennent au fur et à mesure un sens et font remonter à la surface des émotions parfois inattendues.
Bill Viola explore les mystères de la création à travers les émotions humaines, pour lui l’artiste découle du chaman.
Il dit : «…the depth in human being is infinite… »; «…The creative energy of a great artist comes from inside, very far inside himself…»; « I see things from the inside beneath the body and beyond »

Bill Viola, Grand Palais, Paris
« The reflecting pool » 1977-79
C’est une de ses premières œuvres, une expression de sa quasi noyade, lorsqu’il avait 6 ans. Comme Bill Viola le dit  : « …to almost drown myself was a positive experience, I was not afraid …» « …under the water you see the world differently, there is a new world… ».

Bill Viola, The reflecting pool 1977-79, Grand Palais, Paris

 « Heaven and Earth » 1992

Bill Viola, Grand Palais, Paris

2 globes télé en face à face, qui diffusent chacun un film. D’une part, un nouveau-né, son fils, et d’autre part, une femme âgée, sa mère. C’est le début et la fin, entre les deux il y a nous, les vivants ; et l’ADN de la vie coule de l’un à l’autre, fluide.

Bill Viola, Grand Palais, Paris

Il y a dans ses œuvres le lien avec l’eau mais aussi avec l’électricité qui est un fluide comme l’eau, ce sont les forces actives, celles qui sont aussi dans chaque être humain. C’est pourquoi il a choisi la vidéo comme médium artistique, il dit : « …Video is flowing… ». L’art et la technologie sont liés depuis la nuit des temps et c’est ce qui permet à l’humanité d’avancer.

« The veiling » 1995 (Œuvre présentée à la Biennale de Venise en 1995)
9 grandes voiles suspendues, dans une salle obscure, des projections d’un homme et d’une femme, dans une forêt, qui vont et viennent, sans jamais se rencontrer.

Bill Viola, The Veiling, Grand Palais, Paris
Bill Viola, The Veiling, Grand Palais, Paris

« The Sleep of Reason »  1988

Bill Viola, The Sleep of Reason, Grand Palais, Paris

« Walking on the Edge » 2012

Bill Viola, Walking on the Edge, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Walking on the Edge, Grand Palais, Paris
« The Encounter » 2012

Bill Viola, The Encounter, Grand Palais, Paris

Il regroupe dans son travail, différents domaines qui m’intéressent particulièrement chez un artiste, musique électronique, vidéo et culture spirituelle et philosophique, il dit : « The video records sound and image…it connects it completely ». N’oublions pas qu’au tout début, il a travaillé avec Nam June Paik, et qu’il a également travaillé et été influencé par David Tudor, compositeur d’avant-garde ; dont Bill Viola a été un des membres du Rainforest Ensemble qui deviendra le Composers Inside Electronics. En 2000, il a réalisé, une triple vidéo pour la tournée du groupe Nine Inch Nails.

« Fire woman » 2005 (cf. l’Opéra de « Tristan und Isolde »)
Une femme face au feu, qui finit par se laisser tomber et disparaître dans l’eau.

Bill Viola, Fire Woman, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Fire Woman, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Fire Woman, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Fire Woman, Grand Palais, Paris

« Tristan’s ascension» 2005 (The Sound of a Mountain under a Waterfall)

Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris
Bill Viola, Tristan's Ascension, Grand Palais, Paris

« The Dreamers » 2013 (cf. « The Sleepers » 1992 et « The Sleep of Reason » 1988)
7 dormeurs plongés dans l’eau, hommes, femmes, enfant, ils sont sereins ; Pour Bill Viola, ils symbolisent l’immortalité.

Bill Viola, The Dreamers, Grand Palais, Paris

Bill Viola, The Dreamers, Grand Palais, Paris

Bill Viola, The Dreamers, Grand Palais, Paris
Bill Viola, The Dreamers, Grand Palais, Paris

Je comprends mieux pourquoi Bill Viola avait des exigences très précises concernant le montage de cette rétrospective. Tout a été pensé et organisé au millimètre près.
J’aime les artistes exigeants qui savent où ils vont et quelles portes ils veulent ouvrir. Bill Viola, le sculpteur de temps, est de cette race là.
L’enjeu de l’artiste est de nous confronter à ces trois questions métaphysiques majeures : Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ?
La confrontation est réussie, je sors de là pleine d’énergie et de plénitude.

CHVRCHES

  • by C.EM
  • mars 18th, 2014

Paris, le Trianon – lundi 17 mars 2014
1ère partie : SOAK

CHVRCHES, Lauren Mayberry, Iain Cook, Martin Doherty, Le Trianon, Paris, le 17 mars 2014

Je dois dire que c’était surtout pour voir qu’est ce que ce groupe pouvait donner sur scène et pour entendre la voix en Live de Lauren Mayberry que je suis allée au Trianon ce lundi soir. Lorsque j’ai entendu pour la première fois « Lies » qui était à la base un « studio project », mis en ligne sur le net et qui a tout de suite rencontré un large succès, j’ai trouvé la musique addictive et la voix de Mlle Mayberry hors norme dans le paysage musical actuel. J’ai pensé avec cette voix là j’ai trouvé la nouvelle Kate Bush.

Quelle surprise donc, hier soir, de trouver une super ambiance et un public de trentenaire « bon enfant » qui était visiblement là pour s’amuser, alors que je m’attendais à un public beaucoup plus « dark ». Le public connaît tous les titres et réagit au quart de tour pour transformer le concert en club.

CHVRCHES est un groupe, comme le répète à l’envie les trois artistes (Lauren Mayberry, Iain Cook et Martin Doherty), néanmoins sur scène, Lauren est calme et déterminée, elle a une présence folle dans un mouvement minimal ; elle lève le poing, ce n’est pas encore un uppercut mais la force est là ; elle a tout d’une grande.
Les titres de leur premier album « The Bones of What you Believe » s’enchainent, arrive « the Mother we Share », alors là je dis oh oh oh c’est un « straight-shooting » ! Avant dernière chanson que se passe t-il ? C’est Martin Doherty qui chante, casquette vissée sur la tête, il est aussi agité sur scène qu’elle est en retenue, il chantera les deux titres de l’album « Under the Tide » et « You’ve caught the Light ».
« Merci Paris ».

Un groupe à suivre…

BERLIN

  • by C.EM
  • mars 14th, 2014

Bienvenue à Berlin Tegel, terminal D. Vous arrivez dans un bâtiment en préfabriqué qui n’a rien d’accueillant et vous vous dites que Berlin est toujours un vaste chantier… 25 ans après la chute du mur, la capitale d’Allemagne n’a toujours pas fini de détruire et de reconstruire.
Est-ce que Berlin est vraiment unique dans le paysage des capitales européennes ? Tout le monde s’accorde pour dire oui ; je dirai : pas si sûr.
Elle est unique dans sa relation tendue avec l’histoire, d’accord, mais après ?

Je retrouve toujours Berlin à chacune de mes visites. Les quartiers dans lesquels je vais n’ont pas radicalement changé comme on voudrait nous le faire croire ; pas de grande métamorphose en vue. Ces quartiers sont réhabilités et réinvestis par ceux qui ont envie d’y travailler et d’y vivre. Les berlinois se réapproprient les quartiers à l’est comme l’ont déjà fait les londoniens.
Je trouve que Berlin s’uniformise comme toutes les grandes villes culturelles d’Europe. J’aime la coupole de verre sur le bâtiment du Reichstag comme j’aime la pyramide du Louvre.

Berlin est une métropole et chaque quartier est un village, je pourrai dire cela de Paris, Londres ou New-York également. La seule différence majeure c’est l’espace, Berlin est égale à 8 fois Paris, et aussi le coût de la vie fait que Berlin a 35 000 artistes résidents.
Berlin est « casual », multi-ethnique et relax, alors pourquoi y a t-il partout des caméras de surveillance ?

Est-ce qu’il se passe vraiment quelque chose à Berlin ?
Beaucoup de galeries et d’espace de création se trouvent dans les cours et les arrières cours des immeubles. Si vous voulez découvrir autre chose que les chemins balisés et les circuits touristiques, alors mieux vaut connaître une berlinoise ou un berlinois, et savoir ce que vous cherchez !
Et pour voir l’art contemporain ailleurs que dans les musées, vous allez devoir prendre un rendez-vous avec des collectionneurs privés, même certaines galeries de design sont uniquement visibles sur rendez-vous…
Au Kunst-Werke et à la Berlinische Galerie, vous trouverez du contenu dans le contenant, ce qui n’est pas forcément le cas à Lisbonne, Barcelone ou Rome. Mais en même temps je n’y ai pas fait de découverte majeure, ni senti une impulsion créative particulière.

Ce que j’ai trouvé cette fois-ci à Berlin : la lumière ; en extérieur, elle était changeante, à tout instant elle modifiait le regard que je portais sur la ville.

BERLIN

  • by C.EM
  • mars 14th, 2014

HAMBURGER BAHNHOF – Invalidenstr. 50-51 – Scheunenviertel

Berlin, Hamburger Bahnhof
Berlin, Hamburger Bahnhof

 Joseph Beuys – Das Ende des 20. Jahrhunderts – 1982-1983
Berlin, Hamburger Bahnhof, J.Beuys

Joseph Beuys – Das Ende des 20. Jahrhunderts – 1982-1983
Berlin, Hamburger Bahnhof, J.Beuys

Anselm Kiefer – Lilith am roten Meer – 1990
Berlin, Hamburger Bahnhof, Anselm Kiefer

Joseph Beuys – Strassenbahnhaltestelle. A monument for the future – 1971
Berlin, Hamburger Bahnhof, J.Beuys

Joseph Beuys – Strassenbahnhaltestelle. A monument for the future – 1971
Berlin, Hamburger Bahnhof, J.Beuys
Berlin, Hamburger Bahnhof
BERLINISCHE GALERIE – Alte Jakobstr. 124-128 – Kreuzberg

Berlin, Berlinische Galerie
Berlin, Berlinische Galerie

Denkmal für die ermordeten Juden Europas – 1997 – concept model -Peter Eisenmann und Richard Serra
Berlin, Berlinische Galerie, Denkmal für die Ermordeten Juden Europas, concept model

INTERVIEW avec Kangding Ray

  • by C.EM
  • mars 3rd, 2014

Paris, le 5 février 2014 (par Skype),
A l’occasion de la sortie de son nouvel album « Solens Arc », vous pourrez découvrir une interview de David Letellier a.k.a. Kangding Ray.

Avec « Amber Decay », le premier extrait de votre nouvel album « Solens Arc », vous citez Noam Chomsky : « It only makes sense to seek out and identify structures of authority, hierarchy and domination in every aspect of life, and to challenge them ; unless a justification for them can be given, they are illegitimate, and should be dismantled, to increase the scope of human freedom. »
(« Chomsky on Anarchism » (AK presse), PARTIE 7 : « Anarchism, Marxism, and hope for the future » (1995))

: Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser au travail de Noam Chomsky ?

KR : Je ne me suis pas inspiré de Noam Chomsky pour faire le morceau, cette référence est simplement venue ensuite pour illustrer le sens de la vidéo. La vidéo traite du thème de l’esthétique, de l’ordre : en montrant comment les systèmes d’oppressions peuvent produire de la beauté par la sérialité. Il y a deux niveaux de lecture : le niveau esthétique qui est l’abstraction géométrique de corps en mouvements parfaitement synchronisés, et le niveau caché qui est en fait l’oppression politique que cela sous-tend. Les images sont tirées de Arirang : un gigantesque spectacle de danse et de gymnastique synchronisée, qui a lieu tous les ans en Corée du Nord. Mais la vidéo n’est pas censée être une critique spécifique du système politique Nord-Coréen, elle a un sens plus large, que l’on peut appliquer à tous les systèmes de contrôle des masses, qu’ils soient politiques ou médiatiques.

: J’ai l’impression que les Etats-Unis sont une source d’inspiration (c’est présent dans votre travail), je pense par exemple à « Pruitt Igoe » ?

KR : Il se trouve que « Pruitt Igoe » était situé aux Etats-Unis, mais les idées du modernisme architectural dont il a marqué la fin ont été expérimentées partout dans le monde.
Le fait que ce projet ait été réalisé aux Etats-Unis a peut-être été une sorte de catalyseur pour créer une fin plus spectaculaire, et surtout beaucoup plus violente. Mais là encore, on peut y trouver un discours plus global, un parallèle entre la beauté théorique des idéaux modernistes et le caractère fasciste et totalitaire de ce que ce mouvement a parfois porté.

« Pruitt Igoe » était un très grand ensemble de logements sociaux, une ville nouvelle créée à Saint-Louis dans le Missouri, et conçue comme une ville idéale, construite sur les préceptes Corbuséens du modernisme, comme beaucoup de grands projets d’après guerre. Le projet a été conçu par l’architecte Yamasaki, qui construira plus tard le World-Trade Center, dont on connait la fin spectaculaire. L’idée de base était très positive et optimiste, avec beaucoup d’espaces communs et de verdure, et une grande mixité sociale et raciale.

Très rapidement après l’inauguration, l’ensemble est devenu un enfer, la délinquance a grimpé en flèche, les espaces communs sont devenus infréquentables et dangereux, et au bout de seulement quelques années, tous les locataires blancs s’étaient enfuis. La cité a finalement été détruite au début des années 70, alors que la plupart des bâtiments étaient déjà désertés depuis des années. On peut voir les images hallucinantes de ces rangées de barres de logements vides dans le film “Koyaanisqatsi” de Godfrey Reggio.
Le déclin rapide et violent de ce projet a été considéré ensuite comme la fin de l’époque moderne en architecture et le signal du début de l’ère post-moderne.

: Que chacun trouve sa place dans l’égalité des droits et des responsabilités, c’est une utopie, non ?

KR : Je ne suis pas certain que ce soit exactement ce que Chomsky veut exprimer, je ne suis pas un spécialiste de Chomsky, et je n’embrasse pas l’ensemble de son œuvre, mais c’est quelqu’un qui m’intéresse notamment pour ses propos sur l’anarchisme, la soumission volontaire et la création artificielle d’une autorité par la mise en place d’un “star-system” contrôlé, etc…
Pour revenir à votre question, toute utopie est bonne à prendre à mon avis, le fait qu’une idée soit trop belle pour être réalisable la rend d’autant plus forte. Les idées qui valent le coup d’être poursuivies sont la plupart du temps les idées qui ne sont pas encore réalisées, et surtout celles considérées comme irréalisables.

: Est-ce que vous, vous avez trouvé votre place ou au moins un équilibre justement ; et peut-être que cette égalité de vos droits et de vos responsabilités vous l’avez plus facilement trouvé en Allemagne qu’en France ?

KR : Je ne fais pas tellement l’apologie du système allemand, il a ses qualités et ses défauts, et d’ailleurs on ne peut généraliser la situation Berlinoise à toute l’Allemagne, la plupart des gens s’accordent pour dire que Berlin n’est pas vraiment en Allemagne. J’ai trouvé pour ma part mon équilibre dans cette ville, le rythme et le style de vie me conviennent bien. La situation d’étranger est finalement assez confortable, on n’a pas besoin de réagir et de se positionner constamment sur chaque polémique quotidienne, on peut se placer en “outsider”, prendre le temps et évaluer la situation de loin. Ici, les choses peuvent être un peu plus lentes, plus provinciales et surtout moins tendues, moins concentrées sur l’actualité.

: Il y a beaucoup d’artistes français à Berlin.

KR : Oui et il y a beaucoup de raisons, je ne pense pas que les raisons politiques soient les premières.

: À Berlin il y a une liberté et une facilité de création.

KR : Ça c’est sûr. Mais il faut quand même le dire, ce sont surtout des motifs économiques qui créent ce contexte. C’est la facilité à Berlin de trouver des espaces, de se loger et de vivre avec peu, qui fait que l’on peut vivre une vie d’artiste un peu plus longtemps qu’ailleurs. On est un peu moins préoccupé par sa survie. Et c’est ça l’énorme différence.

: Est-ce que pour vous la fonction sociale et politique de la musique est
importante ?

KR : Oui absolument, c’est même fondamental. Mais au delà de la musique en tant que pratique artistique, ce sont les contextes dans lesquels elle est jouée, présentée, dansée, qui sont importants. Les lieux de rassemblement, et notamment les clubs, pour ce qui est de la musique électronique, créent des zones autonomes, temporaires, avec leurs propres règles, qui permettent pour un temps donné de faire abstraction de l’espace public extérieur, qui semble de plus en plus contrôlé, vidéo-surveillé et privatisé.

: Ça se passe beaucoup dans les clubs d’ailleurs.

KR : Le club est un des derniers espaces de liberté réelle, où la privatisation, la vidéo-surveillance et l’auto-surveillance sociale n’a plus tellement de prise. L’exemple du « Berghain » de Berlin, où tout est presque autorisé, à part de prendre des photos, prouve que la vraie liberté est de pouvoir faire ce que l’on veut dans le respect des autres, sans être automatiquement filmé, pris en photo et posté sur Facebook. A l’extérieur la moindre déviance va être filmée, commentée, mise en ligne puis débattue à base de commentaires stériles et rageurs. La boite de verre que l’on est en train de créer ne débouchera pas sur une plus grande liberté.

: Chaque nouvel album est-il une prise de position ?

KR : Non. C’est un état des lieux à un moment donné. Je crois toujours à la musique sur un support physique car elle permet de geler le processus, d’éviter de revenir constamment sur le même matériel et de multiplier les versions, c’est un “statement”, un instantané.

: Je vois clairement une évolution dans votre travail, une construction même.

KR : Oui c’est vrai.

: Ce que j’ai vu à Enghien par exemple j’ai trouvé que c’était très abouti, très carré.

C: A un moment donné avez-vous eu envie de mettre des mots / un texte sur un ou plusieurs tracks ?

KR : Sur « Automne Fold » et sur « OR », il y a des tracks soit chantés soit parlés et j’ai écrit les paroles pour la plupart.

: oui mais sur le dernier album « Solens Arc », je voulais dire ?

KR : C’est vrai que sur cet album, il n’y a pas de mots, la voix y a été réduite à sa plus simple expression, c’est à dire à son son.

: Oui ça on l’entend, et d’ailleurs ça m’a fait penser à ce que vous aviez fait au musée du Quai Branly.

KR : C’est vrai, on peut entendre sur certains morceaux l’influence des chants de gorges inuits, des voix abstraites, réduites à une respiration.

: Mathématiques, philosophie, arts, arts graphiques, est-ce que ces mots définissent votre travail musical / instrumental? Et comment, plus précisément ? Est ce que c’est un tout ?

KR : Mathématiques, oui un peu, mais finalement moins que d’autres artistes sur raster-noton, j’ai l’impression que beaucoup sont beaucoup plus analytiques que moi. Je suis finalement quelqu’un qui travaille la plupart du temps directement sur la texture, un peu comme un sculpteur, ou un artisan, beaucoup moins théorique.

: Plus intuitif ?

KR : Peut-être, mais surtout plus organique.
Pour ce qui est des arts graphiques, de par ma formation, j’ai intégré ça dans le processus sans trop me poser de questions, c’est assez simple : quand j’ai besoin de faire une pochette de disque, je fais du design graphique, quand je veux faire une vidéo, je fais de la vidéo. Il y a beaucoup de choses associées que je fais moi-même, mais qui sont là pour supporter ou pour communiquer mon métier principal qui reste producteur de musique.

: Donc c’est plutôt un tout et vous faites tout, tout seul ?

KR : Oui c’est ça.

: C’est une volonté, c’est nécessaire pour vous ?

KR : Oui, il y a plusieurs raisons à ça, économiques bien sûr, mais aussi parce que j’aime cette attitude, presque punk, “Do-It-Yourself”, autorisée par le développement et la démocratisation de la technologie.

: Oui on est totalement dans un courant comme ça de toute façon.

KR : Une des autres raisons est que je suis un peu un « control freak », j’essaye de me forcer de plus en plus à déléguer certaines choses annexes à la musique, mais je trouve que la plupart du temps, on n’est jamais mieux servi que par soi même.

: Brian Eno a dit : « ma vie d’artiste a été conditionnée par l’évolution des technologies ». Vous qui créez des liens entre musique, vidéo et meta-design, vous vous retrouvez dans ce qu’il a dit ?

KR : Dans ma carrière de musicien, j’ai vu le moment où tout a basculé vers les ordinateurs, entre mes débuts où j’ai commencé à produire de la musique avec un sampler Akai à 32MB de RAM et le moment où n’importe quel ordinateur de supermarché est devenu suffisamment puissant pour faire tourner les logiciels de musique.
Ce qui est intéressant c’est que maintenant, comme beaucoup de monde, je reviens de plus en plus au hardware, il y a des cycles.
Je pense que Brian Eno a connu encore plus de phases d’évolutions différentes ; il a commencé avant même que les ordinateurs puissent faire quoique ce soit d’intéressant ou d’utilisable, il a été témoin de plusieurs révolutions technologiques successives.
Aujourd’hui, nous ne sommes bien sûr pas arrivés au bout du développement technologique, mais je dirai qu’entre le nouveau MacBook Pro qui sort et celui d’il y a deux ans, il n’y a pas de différences majeures, à part une certaine augmentation des performances, mais souvent compensée par une augmentation des ressources nécessaires pour faire tourner les logiciels, en tout cas il n’y a pas de possibilité tout-à-fait nouvelle qui s’ouvre, aucun changement majeur.
Par contre, il est évident qu’il y a une plus grande démocratisation de l’accès aux techniques audio ; n’importe qui peut maintenant installer une version “crackée” d’Ableton sur un PC à trois cents euros, et commencer à faire de la musique directement, c’est une évolution positive majeure, ça ne veut pas dire que la qualité globale s’améliore, mais au moins, la barrière technologique qui existait quand j’ai commencé a disparu.
La vrai révolution se passera finalement quand on arrêtera de se poser la question de comment fonctionne la machine, et qu’on pourra enfin se concentrer  pleinement sur le contenu de ce que l’on fait avec.

: L’album va être prêt pour le 24 février ?

KR : Oui, enfin !
C’était une pochette très complexe à produire, un dégradé du gris au gris, donc probablement ce qu’il y a de plus difficile à imprimer correctement.
Ca va être très beau, très minimal.

Nouvel Album : « Solens Arc », le 24 février 2014 sur le label raster-noton
www.kangdingray.com
www.raster-noton.net